Reconversion professionnelle : comment réussir son changement de carrière ?

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Reconversion professionnelle

Depuis notre enfance, on nous demande régulièrement : « Qu’est-ce que tu veux faire quand tu seras grand ? » Lorsque nous sommes enfants, nos réponses sont souvent spontanées, imaginaires ou simplement influencées par ce qui nous entoure. Pourtant, la société semble attendre de nous qu’à l’âge de 18 ans, nous ayons déjà tout compris : qui nous sommes, ce que nous voulons faire de notre vie et surtout quel domaine d’études choisir pour nous mener vers notre futur métier idéal.

Mais si l’on y réfléchit réellement, cette attente est assez paradoxale. Pendant l’enfance et l’adolescence, nous sommes encore en pleine construction. Nous traversons des périodes de doute, de remise en question et parfois de véritables crises identitaires. Nous n’avons pas encore eu suffisamment de temps pour apprendre à nous connaître, comprendre nos besoins, découvrir nos capacités ou même trouver notre place dans le monde.

Nous devons également prendre des décisions importantes alors que nous ne comprenons pas encore pleinement le fonctionnement de la société, du monde du travail ou même de l’argent. Nous cherchons encore des réponses à de nombreuses questions existentielles : Qui suis-je ? Qu’est-ce qui me rend heureux ? Qu’est-ce qui donne du sens à ma vie ? Quel mode de vie est fait pour moi ? Quel rôle ai-je envie de jouer dans la société ?

Et malgré toutes ces incertitudes, on nous demande de prendre, très jeunes, une décision qui peut sembler définitive : choisir une orientation scolaire, puis un métier, comme si cette première décision devait déterminer le reste de notre vie.

Il n’est donc pas surprenant qu’à un moment donné de notre parcours, nous ressentions le besoin de changer de direction. Vouloir se reconvertir professionnellement n’est pas nécessairement le signe que nous avons échoué ou que nous avons fait le mauvais choix au départ. Cela peut simplement être la conséquence naturelle de notre évolution.

Car nous ne sommes pas les mêmes personnes à 18, 25, 35 ou 45 ans. Nos priorités changent, nos valeurs évoluent, nos expériences nous transforment et notre définition de la réussite peut complètement changer avec le temps. Le métier qui nous correspondait à 20 ans peut ne plus correspondre à la personne que nous sommes devenue dix ans plus tard.

La reconversion professionnelle peut donc être considérée non pas comme une rupture avec notre parcours, mais comme une nouvelle étape de celui-ci.

Quelques chiffres

Cette envie de changement n’est d’ailleurs pas un phénomène marginal. En France, une part importante de la population active envisage aujourd’hui de modifier sa trajectoire professionnelle.

Selon le baromètre Centre Inffo 2024 et différentes enquêtes récentes, 53 % des actifs déclarent actuellement penser à changer d’emploi, soit une hausse de trois points par rapport à 2023. Parmi eux, 37 % envisagent de le faire à court ou moyen terme, dans les deux prochaines années.

Les motivations sont multiples. Pour beaucoup, il s’agit avant tout de retrouver du sens dans leur travail : 64 % des personnes envisageant un changement professionnel citent cette motivation. Pour d’autres, l’objectif est de gagner en liberté ou de retrouver un meilleur équilibre entre leur vie professionnelle et leur vie personnelle, une motivation évoquée par 53 % des personnes concernées.

La reconversion professionnelle occupe également une place de plus en plus importante. 21 % des actifs sont actuellement en train de préparer une reconversion, soit environ une personne sur cinq. Si l’on ajoute ceux qui envisagent cette possibilité à plus ou moins long terme, ce sont 49 % des actifs qui sont concernés.

Parmi les personnes qui ne sont pas encore engagées dans une démarche concrète, 36 % déclarent envisager une reconversion à l’avenir, principalement dans un horizon de deux à cinq ans. Une autre étude indique par ailleurs que 87 % des salariés se sentent concernés par la reconversion professionnelle, qu’ils souhaitent se reconvertir, qu’ils soient actuellement en train de le faire ou qu’ils aient déjà franchi le pas.

Certaines catégories de la population sont particulièrement concernées. Les jeunes, par exemple, sont nombreux à remettre en question leur orientation professionnelle : 72 % des 18-24 ans pensent à changer d’emploi, tandis que 39 % préparent activement une reconversion. Du côté des demandeurs d’emploi, 35 % sont engagés dans la préparation d’une reconversion professionnelle. Les cadres sont également nombreux à chercher une nouvelle voie, avec environ 60 % d’entre eux qui souhaitent évoluer professionnellement.

Cette volonté de changement se traduit aussi par un intérêt croissant pour la formation. 50 % des actifs souhaitent suivre une formation dans les douze prochains mois. En 2024, environ 16 000 personnes ont achevé un parcours de formation dans le cadre d’un Projet de Transition Professionnelle (PTP). Depuis 2020, on estime à environ 80 000 le nombre de personnes ayant bénéficié d’une formation financée par le PTP pour changer de métier.

Et surtout, le passage à l’action semble porter ses fruits : 92 % des bénéficiaires d’un PTP ont réalisé leur projet ou poursuivent activement leur transition six mois après leur formation.

Ces chiffres montrent donc une chose importante : la reconversion professionnelle n’est plus une situation exceptionnelle. Elle est devenue une possibilité envisagée par une partie considérable des actifs. Mais constater que l’on veut changer est une chose. Savoir vers quoi changer en est une autre.

Par où commencer ?

C’est souvent à ce moment-là que les choses deviennent compliquées.

Les personnes qui souhaitent se reconvertir peuvent généralement se retrouver dans deux situations très différentes.

La première catégorie regroupe celles qui savent précisément ce qu’elles ne veulent plus. Elles savent qu’elles ne veulent plus de leur emploi actuel, de leur environnement de travail, de leurs horaires, de leur secteur ou du mode de vie associé à leur métier. Elles ressentent clairement le besoin de partir, mais lorsqu’on leur demande : « Alors, qu’est-ce que tu veux faire à la place ? », elles n’ont pas de réponse.

La deuxième catégorie est presque à l’opposé. Ce sont les personnes qui ont trop de possibilités. Elles ont de nombreux centres d’intérêt, plusieurs compétences, différentes envies et parfois plusieurs métiers qui pourraient leur correspondre. Le problème n’est donc pas de trouver une idée, mais de choisir parmi toutes celles qui existent.

Dans les deux cas, le résultat est souvent le même : on se retrouve bloqué.

On peut alors avoir l’impression qu’avant de quitter son métier, il faut déjà connaître exactement le métier que l’on veut exercer ensuite. Pourtant, c’est justement cette croyance qui peut empêcher de commencer.

Une reconversion ne commence pas forcément par la découverte du métier idéal. Elle peut commencer par une meilleure compréhension de soi.

Avant de chercher « le métier parfait », il faut donc prendre le temps de comprendre ce que l’on recherche réellement : quelles sont nos valeurs, nos besoins, nos contraintes, nos compétences, nos sources de motivation et surtout le type de vie que nous voulons construire.

Car la véritable question n’est peut-être pas seulement :
« Quel métier dois-je choisir ? »

Mais plutôt :
« Quelle vie ai-je envie de vivre, et quel métier peut contribuer à la construire ? »

C’est à partir de cette question que peut réellement commencer une reconversion réfléchie.